RWANDA : SON EXCELLENCE, FINIR L’ANNEE, MAIS SUR QUELLE NOTE ?

L’année 2014 touche à sa fin. Un regard dans le rétroviseur sur les 365 jours donne le reflet de la situation du moment au « pays des mille collines ». Beaucoup d’événements se sont produits et de multiples malheurs n’ont pas été évités. Pour évoluer, se corriger ou changer dans le bon sens, il est plus important de se questionner sur ce qui va mal. Dans quelques lignes, on ne s’attardera pas aux satisfactions, si jamais il y en a eu. Après tout, ce qu’il faut redresser est plus préoccupant. Est-ce que le Président de la République, sera à mesure de faire un geste d’espoir en cette fin d’année ? Il est aussi question d’avoir la volonté d’embrasser les valeurs humaines.

L’année 2014 laisse un bon souvenir pour certains. Mais, pour d’autres, c’est une année qui a été douloureuse. On pense à tous ceux qui ont perdu les leurs, quelles que soient les circonstances. Le premier jour de l’année, le Rwanda a appris qu’un de ses fils, le colonel Patrick Karegeya venait d’être assassiné en Afrique du sud où il s’était réfugié. Les auteurs de ce crime ont été d’une atrocité inhumaine. Les tentatives du même genre ont été mises en œuvre contre le général Kayumba Nyamwasa, Faustin Twagiramungu et d’autres Rwandais, mais ont échoué in extremis. Certains membres du PS Imberakuri et FDU Inkingi ont été portés disparus, interpellés ou emprisonnés. Le Rwanda n’est pas en guerre. Faut-il prendre ses adversaires politiques pour des ennemis à abattre ? Est-il autorisé à certains d’exprimer leurs opinions politiques et interdit à d’autres de le faire ? La Constitution rwandaise n’exclut personne à ce sujet.
En cette fin d’année, pourquoi ne pas évoluer, pour prendre une voie nouvelle, de la paix et de la raison. Est-il normal qu’au 21ème siècle, on règle les conflits politiques comme à l’époque de Caligula empereur romain au 1er siècle ? Au moindre soupçon, Caligula assassinait même ceux qui avaient soutenu son ascension. On se souvient de son impitoyable phrase : « Oderint, dum metuant » ce qui veut dire, « qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ». Les temps ne sont-ils pas révolus ? Un dirigeant peut gouverner son pays dans un climat serein, d’ouverture et surtout de liberté d’esprit.

Au courant de cette année, des zones d’ombres, d’inquiétudes et de doutes sont restées sans réponses dans les cœurs des Rwandais. Les disparitions de personnes signalées par des ONG (Organisations non gouvernementales), les corps humains sans vie découverts à différents endroits comme sur le lac Rweru. Les incendies criminels dont l’origine reste mystérieuse, malgré la mise en place d’une commission ad hoc, autant d’ombres sur le paysage politique du pays. S’exprimant à ce sujet, le Ministre en charge de la Sécurité Musa Fazil Harelimana s’est contenté de dire que les auteurs de ces incendies n’étaient pas ceux que le régime qualifie d’ennemis. Mais alors, si l’origine n’est pas non plus accidentelle, de qui ces incendies émanent-ils ? Comment la population ne pourrait-elle pas douter ? Pas facile de comprendre comment ces incendies ont ciblé la prison de Muhanga, celle de Rubavu et des magasins pour la plupart de la capitale.

L’année 2014 va s’achever alors que derrière les barreaux l’on compte un grand nombre de prisonniers dont les dossiers sont vides. S’il y en a qui ne méritent pas cette privation de droit, mais se trouvent, malgré tout, maintenus en détention par les instances judiciaires, alors le chef de l’Etat pourrait user de son pouvoir et à l’occasion des vœux du nouvel an, accorder la grâce présidentielle, à commencer par les prisonniers politiques. Victoire Ingabire Umuhoza, Déo Mushayidi faisaient partie des nominés du prix Sakharov du Parlement européen en 2012. Le troisième nominé était Maître Bernard Ntaganda libéré en juin dernier, après quatre ans d’emprisonnement. Les Eurodéputés ont justifié leur choix de proposer ces opposants politiques rwandais par le fait qu’ils ont essayé de mettre fin au cycle de violence en prônant le dialogue et la réconciliation.

Rendre la liberté aux prisonniers politiques, ne serait pas un cadeau de Noël, mais un acte symbolique de pardon. Dans plusieurs pays, la grâce présidentielle n’est pas seulement une tradition à l’occasion des vœux de fin d’année, mais aussi un geste qui témoigne de l’esprit humain et du bon sens qui doivent prévaloir dans la société. Cependant, au-delà d’un tel geste, les vœux présidentiels ne donneraient-ils pas un élan à un processus d’approches, de bonne volonté vers une solution concrète aux problèmes indéniables à ce jour ? Peut-on se permettre de finir encore cette année sur une mauvaise note ? C’est encore une fois, le choix et le rendez-vous importants que le Chef de l’Etat ne devrait pas rater.

Jean-Claude Mulindahabi
École Supérieure de Journalisme de Paris

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